mardi 1 septembre 2015

Beach House – Depression Cherry #beachhouse


Après plus de 2 ans, on retrouve le duo mixte Beach House, composé d’Alex Scally ou Victoria Legrand (nièce de Michel) à peu près au même endroit. Du coté de Baltimore mais surtout dans la même dream pop électro embuée. On retrouve les synthés enveloppants, la boite à rythme légère, les guitares discrètes et le chant vaporeux et éthéré dont on ne sait jamais trop si c’est lui ou elle qui chante. Si vous attendiez un bouleversement total avec cet album vous allez être déçus, mais si le premier album vous manque, vous avez directement de quoi continuer. Et je ne parle pas de ceux qui ne connaissent pas Beach House.

Donc Beach House ne se réinvente pas, mais enfonce le clou, va plus loin dans sa perfection cristalline et mélodique. De l’ouverture en douceur Levitation au final Day of Candy, le duo nous propose un disque presque parfait, cohérent. On retiendra surtout la fabuleuse Space Song, avec son gimmick entêtant, son coté « dolce vita », bien que chaque titre soit un single en puissance (Levitation toute douce, Beyound Love mélancolique, 10 :37 cotonneux, Bluebird entre autre). D’ailleurs celui que j’aime le moins de l’album c’est justement celui qui a été choisi comme single : Sparks.

Je vous conseille donc fortement cet album, qui n’innove pas forcement, mais approfondit encore plus l’expérience Beach House en proposant quelque chose de plus simple (moins de rythmiques compliquées), plus accessible et immédiat. Un vol d’initiation pas cher en somme. Il y a fort à parier que Beach House va connaitre un succès plus grand avec cet album, et c’est tant mieux ! The XX n’a qu’à bien se tenir.

Mac DeMarco – Another One #macdemarco



Ce gars est vraiment un vorace de musique, tout juste un an après son album Salad Days, Mac nous sort un mini album 8 titres : il ne veut pas attendre plus pour sortir un album complet.

Parfait pour l’été, voici le disque qui va tourner en boucle ces mois-ci.

Dès les premiers instants on reconnait le style Mac DeMarco, sa signature musicale comme on dit : la guitare un peu déglinguée, un peu hawaïenne, le style cool, débraillé et chaloupé, une basse un peu funky, des synthés un peu cheap et ce songwriting si particulier. Mais le niveau est encore supérieur à Salad Days (bien supérieur).

Outre les chansons solaires, légère plutôt classique pour Mac comme The Way you’d Love Her (solo de guitare génial), Just To Put Me Down ou Without Me (et son clavier vintage), on trouve 3 pépites de mélancolie, ornées des plus beaux arrangements (proche de Chamber Of Reflection du précédent album) : No Other Heart, Another One et A Heart Like Hers. Magnifique.

En tout cas, le moins qu’on puisse dire c’est que Mac fait ici preuve d’une aisance et d’une décontraction impressionnante. Tout semble évident, facile, gracieux, sincère, spontané et plus essentiel que le précédent (la concision surement). On a l’impression d’avoir affaire à un John Lennon ou un Paul MacCartney. Rien à jeter, un disque parfait pour moi.

En fait il existe 2 Mac DeMarco, le songwritter sensible et fragile, plutôt exigent en matière de musique, qui commence à atteindre la maturité sonique et le personnage de scène, immature au possible, clownesque, qui fait le pitre, qui donne son adresse en fin d’album pour venir boire un verre, qui grimpe en haut des structures métaliques pendant les concerts, qui slame à tout va, qui invite ses fans à un barbecue pour la sortie de son album.
Autant le deuxième ne me touche pas trop, autant le premier m’impressionne. Et son mini album rempli de sincérité, de spleen et de soleil restera longtemps à mes cotés.

Pour finir, j’ai lu dans Pitchfork un truc qui résume bien l’album :
Music made for the end of a rooftop barbecue, when the sun dips, the beer is nearly gone, and everyone who doesn't want to be there has already gone. Here, you can be honest, goofy, even silent; all of it is accepted without a dissenting word. This type of sincerity without precocity is rare in art, and the contrast between the content of DeMarco's music and the content of his character only highlights his singularity as someone whose contradictions build toward a vibrant self, rather than collapsing in disarray.


dimanche 9 août 2015

Jaakko Eino Kalevi – Jaakko Eino Kalevi #jaakkoeinokalevi



On peut dire que sans le magazine Magic, je ne me serais jamais penché sur cet artiste finlandais. Et ça aurait été une grave erreur.
Bien sûr il faut aimer l’électro pop, avec clavier vintage, avec le côté un peu planant cher à Air et ce style 80’s très dans l’air du temps. Peut-être trop ? Ce n’est pas faux. Mais c’est quoi ce style, qu’est-ce que ça me rappelle ? Mais bien sûr, Vladimir Cosma ! Un mix entre la BO du Père Noël est une ordure, La Soupe Aux Choux, L’aile ou La cuisse, La boom, les sous-doués et Inspecteur Labavure !
Mais bon quand on est finlandais comme notre ami Jaakko, on n’a certainement pas dû voir ce monument du 7ème art franco-berrichon La Soupe Au Choux, donc quand on utilise le synthé comme Vladimir Cosma, ça ne peut être que par pure coïncidence. Sur une chanson comme sur Deeper Shadows (ça m’a fait rire à la première écoute), OK. Mais sur un album complet ? Non, il doit connaitre en fin de compte. Après tout, pour beaucoup d’étrangers, tout ce qui est français est classe, d’accord. Mais Vladimir Cosma, sérieux ?

D’accord, il y a des titres plus classiques comme Double Talk, désabusé et assez fin, la très bonne intro JEK. Parfois ça tangente dangereusement le lounge comme Mind Like Muscle ou le n’importe quoi kitsch type Jean-Michel Jarre croisé avec la BO de la Boom et Era (le truc Moyenâgeux new age sponsorisé par TF1) comme Ikuinen Purkautumaton Jännite (ça ne s’invente pas…).

Je ne sais pas pourquoi on y revient, pourquoi on aime, est-ce grâce (ou à cause?) des réminiscences de BO d’enfances très datées, remplis de gimmick de synthés, de saxos en folie, de basses synthétiques et de bruitages très SF low cost façon Gendarmes et les extraterrestres ? (Hush Down). Il faut aussi y reconnaître un certain talent pour la mélodie. Mais bon ça ne suffit plus de nos jour ma pauvre dame.

Bref je ne sais pas encore vraiment pourquoi j’aime bien et j’y reviens, mais j’en suis sûr par contre, beaucoup vont détester grave !


Tame Impala – Currents #tameimpala



J’ai vraiment bien aimé les 2 albums de Tame Impala, j’ai adoré le concert (chroniqué dans ces lignes). Mais malgré tout, écouter un album entier de Tame Impala à jeun était un peu difficile, un peu trop expérimental, un peu trop barré, un peu trop psychédélique même si très intéressant. Donc au final on aime mais pas tant que ça. On l’enlève assez vite des playlists.

Et puis, il y a quelques mois est arrivé le premier single Let It Happen et avec lui une petite claque. Exit les guitares acides, c’est le clavier le nouveau roi. Plus doux, plus pop, mais toujours avec la même voix, la basse bien ronde et la batterie si caractéristique (d’ailleurs fun fact, le batteur vient d’Albi…). Puis en milieu de titre, ça déraille, on s’écarte de la pop classique vers quelque chose de très électro. La chanson s’étire, le vocoder apparaît, c’est planant, un peu enivrant, quand même psychédélique, comme si Daft Punk et Pink Floyd avaient fait un album commun. Bref on reconnait Tame Impala, mais ça a bougrement changé.
Et l’album est entièrement dans la même veine : moins d’acide, plus de sucre, de pop. Certains vont regretter l’arrivée des claviers en lieux et place de la Rickenbacker de Kevin Parker et de ses saillies acides, et bien moi j’aime bien. Ça s’entend fortement sur Let It Happen, mais aussi sur Past Life qui aurait pu être sur le dernier Daft Punk, mais aussi de façon générale, distillé sur tous les titres. On y trouve des titres beaucoup plus cheesy, beaucoup plus immédiats, des tubes en puissance comme Yes I’m Changing (il a écouté les Beach Boys avant ?), Eventually (Ballade au refrain hyper accrocheur (géniale), clavier façon BO de Drive), ‘Cause I’m a Man (plus RnB, mais celui des 70’s hein, pas celui de Rihanna). Il y a aussi du plus classique avec Disciple, titre plutôt Immédiat, solaire et pop, avec guitare cette fois ci. On a aussi The Less I Know The Better qui sort du lot avec son coté limite funcky.
Ça change effectivement, mais Kevin Parker garde toujours sa patte psychédélique, notamment par l’usage, peut-être un peu trop important, de l’écho sur la voix et la batterie un peu « low-fi ». On retrouve sa touche de producteur (on lui doit Melody Echo Chambers et Moodoid), ses effets mais aussi sa méticulosité. Les ambiances sont bien rendues et les claviers sonnent vraiment d’enfer !

Si pour vous Tame Impala se limite au heavy blues un peu psyché d’Elephant, vous allez être déçus. Si par contre les claviers ne vous font pas peur, vous allez être agréablement surpris par cet album plutôt audacieux qui tente le grand pont entre pop grand public et élitisme psychédélique.



mercredi 1 juillet 2015

Unknown Mortal Orchestra – Multi-Love #unknownmortalorchestra



C’est sur un air de clavier bizarroïde que commence Multi-Love. Bizarroïde, biscornu, comme son auteur. Le son parait bizarre ? C’est normal, Ruban Nielson fabrique lui-même ses claviers. Sorte de Docteur Frankenstein, mi-geek, mi hipster, il crée des instruments hybrides, injectant des composants modernes dans d’antiques synthés vintages. Du post moderne en somme, en tout cas impossible à contrefaire !

On l’avait laissé il y a 2 ans avec un album bien barré, psychédélique, un peu triste, mais avec par moment des accents soul, et bien il revient avec encore plus de mélange d’influences et un travail résolument plus dansant et joyeux.

Multi Love, le premier titre de l’album, commence donc sur un gimmick de synthé bizarre mais immédiatement captivant, la voix douce de Ruban arrive par-dessus, dans les aigus, laissant découvrir une superbe mélodie, puis rapidement le beat arrive : batterie low fi type boite à rythmes, à la manière d’Electric Guest par exemple, et une basse bien ronde, plutôt funky. Et l’album continue dans la même veine, une basse funky très Princière accompagne une batterie forte et claquante, des voix modifiées sortant d’un narguilé psychédélique, le tout avec quelques touches d’électro et de sons de clavier inconnus, des intrusions de saxo et de cuivres festifs.

Il n’y a que 9 titres sur l’album mais on y trouve beaucoup de riches morceaux assez distincts entre eux. Bien entendu il y a la magnifique Multi-Love, la meilleure chanson de l’album, mais aussi le plutôt dansant Can’t Keep Checking My Phone avec une rythmique très 80’s genre King Creole, une ligne de basse bien tendue et un chant assez soul, un autre grand moment de l’album avec ses ponts plus électro sentant bon l’Angleterre d’Hot Chip. Il y aussi la langoureuse et sexy The World Is Crowded, échappée de la fin des 70’s, Necessary Evil et son refrain 80’s, avec ses cuivres sympathiques et son clavier plutôt expérimental, Stage Or Screen, très pop psychédélique, peut-être un peu trop bricolée, mais plaisante. Avec moins de traitement cradingue du son, une batterie moins énervée et sans son solo de clavier vraiment spé, ça aurait fait une chanson toute mignonne, prête pour les tops 50, ça n’aurait pas été du Unknown Mortal Orchestra du coup… Au final il n’y a que Puzzles, la chanson de clôture qui est un peu plus hard, mais rien de bien horrible non plus.

Multi-Love est donc un album plutôt surprenant par son mélange. Il nous emmène littéralement dans tous les sens. Même si l’influence du psychédélisme est toujours là, les différentes influences sont bien moins visible qu’avant, tout est plus assimilé. C’est dans l’air du temps, le psychédélisme fluctue, évolue, il ne reste plus confiné à une imitation des Pink Floyd, cheveux longs, fleurs dans les cheveux et veste à frange en daim. Il y a du mouvement, vers l’électro mais aussi vers des territoires plus dansants, moins planants en somme. Unknown Mortal Orchestra défriche, mais il ne n’est pas seul, à mon avis le prochain Tame Impala risque d’aller dans le même genre de direction (quoiqu’un peu plus vaporeux) aux vu des titres déjà dévoilés. Comme par hasard, Ruban Nielson est Néo-Zélandais et Kevin Parker, le leader de Tame Impala vient d’Australie. Et je ne parle pas des autres australiens de Jagwar Ma. Décidément…


Alabama Shakes – Sound And Colours #alabamashakes


J’ai mis un peu de temps à écrire cette chronique car je suis resté longtemps un peu mitigé concernant cet album. Déjà je n’étais pas un grand fan du premier album, ça n’aide pas. Ensuite, cet album souffle un peu le chaud et le froid pour moi : on y trouve des chansons assez délicates, plutôt bien faites, mais aussi une sorte de heavy-soul, plus couillu. Comme du heavy blues ou du heavy rock, mais à la sauce soul. Et j’ai eu un peu plus de mal.

Bref j’ai tout de suite accroché à la délicatesse de l’intro de Sound & Color, à son vibraphone, cette voix soul et sa rythmique particulière. Don’t Wanna Fight, qui poursuit l’album annonce un peu plus la couleur avec un son plus lourdingue, on pense un peu aux Black Keys, ça passe encore. Par contre dès Dunes ça ne passait plus pour moi, le mélange ne m’attirait plus trop, un peu trop heavy. Même si le résultat est plutôt bien fait, original comme tout, je bloquais un peu. Il a fallu que j’écoute un peu plus pour finalement apprécier Alabama Shakes à sa juste valeur.

Car oui, l’album est bon, même dans ses excès de « lourdeurs » comme sur le criard Gimme All Your Love. Qu’est ce qui le sauve? Et bien justement sa finesse et sa justesse. Ce n’est jamais brailler pour brailler, dans le même titre on trouve aussi de la délicatesse, du swing, de la finesse. C’est de l’émotion brute qui explose, rien de forcé, rarement bien retranscrit en album il est vrai, toujours cantonné au live. Le tout est bien sûr accompagné d’une grande maitrise technique, au niveau du chant, mais aussi au niveau des arrangements. La production est assez ample, faisant la part belle au chant, mais aussi aux instruments plus classiques (les percu et les cordes de la douce This Feeling) et bien sûr à la percussion de l’électricité quand elle est appelée en renfort pour dynamiser (dynamiter ?) le morceau.

Donc au final, après un premier a priori négatif, j’aime vraiment bien cet album, que ce soit dans les envolées punk rock type The Greatest, dans les balades calmes comme Sound & Colour, dans Guess Who qui sonne très early reggae, tout en finesse, dans le heavy soul mentionné plus haut comme Miss You, Gimme All Your Love ou Dunes, le funk influence Prince de Don’t Wanna Fight, le heavy blues de Future People

Résolument vintage, mais avec un traitement résolument moderne, Alabama Shakes ne se refuse rien, quitte à faire exploser certaines chansons sous le poids de l’excitation comme Miss You par exemple. Ça m’a bousculé comme ça va en bousculer plus d’un.


lundi 29 juin 2015

Christopher Owens –Chrissybaby Forever #christopherowens #chri55ybaby



Revoilà la moitié de Girls, après juste quelques mois. Et c’est d’ailleurs un album surprise : pas de promo, pas de teaser, pas de com, pas de titres sortis avant. Je ne me suis pas jeté dessus, même si le premier album m’avait beaucoup emballé, le dernier, très (trop ?) country m’avait aussi vraiment usé. Je n’aime pas la country, désolé… Je m’étais fait une raison…

Mais dès la première écoute, j’ai compris que j’allais adorer cet album. On y trouve de tout, du reggae, du folk, du rock, du doo-wap, des chœurs façons camps scout, de la drogue et des amours déchus à la pelle. Toujours en équilibre, à la limite du casse gueule (on se rappelle du flutiau de Lysandre très WTF et bien entendu la country accompagnant la veste en daim à franges de la pochette du dernier album), Christopher Owens arrive à tout faire passer grâce à sincérité.Commencer l’album par une chanson titrée Another Loser Fuck Up résume bien l’esprit !

Même si on trouve plein de chansons très intéressante dans cet album c’est globalement que l’album est passionnant, dans sa diversité : doo-wap avec des paroles vénéneuses façon Velvet sur Héroïne (Got Nothing On You), reggae bon enfant avec What About Love, minimaliste avec Music Of My Heart seulement habité par la ligne de basse saturée, pop classique influence Lennonienne avec Out Of Bed (Lazy Head) très belle chanson calme avec vocodeur, folk de feu de camp avec Come On and Kiss Me, rock un peu à la Lou Reed avec Me Oh My ou Selfish Feeling ou Another Loser Fuck Up (pas ma facette préférée du personnage), rock prog avec la longue et magnifique suite Waste Away (et sa guitare saturée), Susanna (instrumentale), When You Say I Love you (un slow un peu à l’ancienne avec ses chœurs féminins bien sentis quoique naïfs) et I Love You Like I Do.

Certains me diront que c’est quand même souvent les mêmes accords et que c’est un peu simpliste. Effectivement c’est simple mais c’est là que le garçon est bon, avec si peu, il fait passer beaucoup. Tout ça grâce à sa sincérité et sa fragilité.

En tout cas, pour moi, c’est un très bel album, et comme Lysandre, il restera, je le sens même mieux parti pour durer !