vendredi 24 juin 2016

Où est passé le reggae? Fat Freddy’s Drop – Bays #fatfreddysdrop



Il y a encore 10 ans le reggae était omniprésent en France et plus largement en Europe. Terre d’accueil des jamaïcains chassés de chez eux par le dancehall, le RnB et le rap, la France s’était prise d’un engouement reggae, rocksteady, ska, calypso. Il n’était pas rare de trouver en concert, même dans des coins de France reculés, les Wailers, Toots et ses Maytals, Max Romeo, Les Gladiators, Horace Andy, Alton Ellis, les antiques Skatalites, Israel Vibrations, Winston McAnuff, et d’autres stars moins connues des sixties et seventies jamaicains. Après les skinheads et les mods des sixties, les hippies seventies, les new mods et les rude boys des eigties en angleterre, c’est la France qui avait pris le relai. Les maisons de disques commençaient à re-produire des disques de ces idoles jamaïcaines un peu vieillissantes, à débusquer de vieux musiciens un peu oubliés façon Buena Vista Social Club en Jamaique.

L’engouement était tel que des groupes hexagonaux se mirent aussi au diapason. Il y en avait pour tous les goûts, du ska énervé, plus proche de la chanson française avec Sinsemilia, Babylon Circus ou La Ruda Salska, (bof bof bof) du plus commercial avec Pierpoljak, Mister Gang, voir Tryo ou K2R Riddim, du plus proche de l’original, un peu hommage avec Orange Street, Rude Boy System ou les très jazzy Jim Murple Memorial.

Mais cette vague n’a pas supportée le tournant des années 2000. Et Dieu que ces enregistrements ont mal vieilli. Honnêtement, j’étais un grand fan à l’époque mais je n’arrive plus objectivement à écouter un album entier de K2R Riddim autrement que par nostalgie. Alors que les classiques seventies n’ont pas pris une ride (pas les Bob c’est trop facile ! mais un petit War ina Babylon de Max Romeo ou un Marcus Garvey de Burnin Spear garde sa fraicheur, tout comme les albums reggae de Gainsbourg enregistrés avec Sly et Robbie). Et écouter un petit rocksteady genre Paragons ou Alton Ellis de 1967 (accompagné obligatoirement d’un ti punch) vous emporte toujours autant. D’ailleurs à noter, Trojan est en train de remasteriser son catalogue, il était temps.

Donc la mode du reggae français est passée de date, périmée. Même les djougs écoutent de l’électro et ont rangé les djembés.

Où est donc le reggae de nos jours ? Mort et enterré ? Résumé à des reprises de Bob Marley ?

En cherchant, on trouve du reggae dans les pays nordiques (ne cherchez pas la cohérence géographique), le dernier album d’Erlend Oye en est la preuve, petite pépite de reggae pop classique, mais aussi ses petits protégés de Kakkmadaffakka.

On trouve bien par-ci par-là des emprunts appuyés dans la pop contemporaine, le reggae est devenu une source d’inspiration comme une autre, plus noble et c’est tant mieux. Le dernier Arcade Fire est très imprégné de rythmes syncopés et de guitare à contretemps. Comme en témoigne un bon nombre de chansons de Reflektor et plus particulièrement Woman of a Certain Age, qu’on retrouve dans les faces B de Reflektor sorti l’année dernière. Le dernier Woods comporte un titre reggae, comme sur les galettes de Christopher Owens ou Calexico. Et je ne parle pas de Vampire Weekend. D’ailleurs ils deviennent quoi ?

Mais le vrai pays du reggae est devenu la Nouvelle Zélande. Ça vous en bouche un coin ça ?

Avec une poignée de groupe plutôt bon : Katchafire, The Black Seeds et surtout Fat Freddy’s Drop, les Kiwis sont dorénavant les portes paroles du reggae moderne. Relayés au cours des années 2000 par radio Nova, ils se constituent une petite aura sans sponsoring et sortent du carcan classique du reggae grâce à de nombreuses influences venant de leur pacifique natal et une touche réellement pop.

En fait c’est surtout Fat Freddy’s Drop qui impressionne. Depuis 2006 ils nous proposent une musique exigeante, mélangeant de plus en plus le reggae et le dub à de électro, du rock, du jazz ou de la soul.

Je ne me suis procuré que maintenant le dernier album de Fat Freddy’s Drop, sorti en fin d’année dernière, Bays. Un très bon disque où ils poussent encore plus loin les mélanges. Voici donc ma petite chronique.


Des mélanges et des nouveaux sons il y en a ! On y trouve de l’électro pop tout juste syncopé avec Wheels, grandiose et à tendance techno house avec Razor, un peu lounge avec Cortina Motors qui ressort un petit côté St Germain plus organique. De la soul et du jazz avec la très belle Makkan, du funk et de l’afro beat avec Fish In The Sea (fuk survolté sur la fin d’ailleurs) ou Wairunga Blues qui ouvre magnifiquement l’album.

Et bien sûr, encore du reggae classique, comme avec Slings and Arrows : grosse ligne de basse, skank appuyé et puissant, cuivre, solo de trombone avec reverb et aussi un son 8 bit plutôt détonant. Et surtout la délicate 10 Feet tall qui flirte gentiment avec le dub et apporte une touche de mélancolie.

9 titres hybrides, certains plutôt long faisant penser à de grosse jam sessions.

On le voit même eux s’extirpent du format reggae « classique » et le frottent à d’autres styles, et c’est là, la solution pour le faire (sur)vivre, ne pas reproduire toujours la même chose, garder l’essence (le contretemps, une certain façon de chanter, une basse bien ronde, une batterie oubliant quelques temps et à coté des temps) et évoluer. Cet album et ce groupe ne peuvent plus être classé reggae, ils sont bien plus loin.

Le Reggae est mort, vive le Reggae




vendredi 13 mai 2016

Radiohead – A Moon Shaped Pool #radiohead


Durant l’automne en Normandie, le ciel est noir et menaçant, les nuages passent si bas qu’on pourrait les toucher, il y a du vent, il pleut plusieurs fois par jour. Entre St Romain de Colbosc et Saint Aubin Routot, les gouttes de pluie me fouettent les joues malgré la faible vitesse de mon solex. Chateaubriand est au programme de français cette année scolaire 1997-1998, je suis en première et je vais chez mon pote Brice passer le mercredi après-midi. Il vient d’acheter le dernier Radiohead : OK Computer.

La révélation.

Pourtant depuis la découverte du groupe lors d’un voyage linguistique outre-manche, j’avais un peu suivi, disons que j’avais surtout sur-écouté Creep et ces fuckin’ special trop fendards quand on a 14 ans. C’était le temps des compiles Reservoir Rock, de Nirvana, Noir Dez, des surchemises, des cheveux longs et des Discman avec ESP pour pouvoir écouter dans le car de ramassage scolaire malgré les cahots de la départementale Saint Romain Lillebonne, enfin quand le chauffeur ne mettait pas trop fort Joe Satriani…
OK Computer était la bande son parfaite de cet hiver 97-98, et ça se prolongea. Une tristesse et une colère enfouie, parfait pour les premiers de la classe qui ont peur des filles. Le micro d’argent c’est pour ceux qui choppent. 10 ans plus tôt et c’était les Smiths…

Après, ça s’est un peu tassé, j’ai du mal avec Kid A, moins avec Amnesiac, grâce à Pyramid Song. Et puis j’ai plus trop suivi, piochant juste quelques titres par-ci par-là, 2+2=5, Reckoner puis plus rien. Manque de mélodie et surtout d’émotion : les machines et les rythmes alambiqués avaient tué le mal-être, il ne restait que la plainte geignarde… (cela n’engage que moi bien sûr !)

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Du mauvais temps normand et de la mélancolie inhérente à l’adolescence ? Et bien parce que je viens d’y replonger brusquement à l’écoute du dernier album de Radiohead. Revoilà la délicatesse, la mélancolie, les mélodies, le piano, les guitares, une voix claire. L’émotion est de retour, les chansons lisibles et accessibles aussi, c’est beau à en pleurer.

Car oui cet album de Radiohead est parfait (ou presque), de prime abord calme et simple, mais bougrement complexe et produit. Il y a bien sûr le grand retour des mélodies autour d’instruments classiques, piano, guitare, mais il a des arrangements classieux, un peu d’électronique, beaucoup de cordes avec quelques envolées symphoniques, des chœurs distants et vaporeux et une voix non trafiquée. Bref, 11 titres magnifiques, principalement des ballades, bourrées de classe et dégoulinantes d’émotions : la délicatesse de Glass Eyes, Identikit et son refrain en mantra appuyé par une basse, l’électro de Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief, le folk de Desert Island Disk et sa guitare sèche, la mini symphonie Daydreaming avec ses attaques de guêpes enragées, un morceau plus pop rock avec Burn The Witch, Decks Dark et sa superbe ligne mélodique que n’aurait pas reniée Damon Albarn. Et bien entendu ma préférée : Present Tense, sur une rythmique bossa très sensuelle, une guitare délicate et des chœurs délicats, vient se poser la voix de Thom Yorke, une mélodie belle à pleurer.

Et l’album se conclut par la déchirante True Love Waits, un titre composé dans les années 90 souvent joué en concert. Un (ou 2) pianos, Thom et de l’émotion pour nous achever. « I’m not living, i’m just killing time”, tout est dit…



J’ai replongé tout entier dans cet hiver 97, mais cet album n’est pas pour autant une madeleine de Proust, il est moderne, c’est un album d’aujourd’hui, d’hier et surtout de demain, un classique intemporel en devenir, rien de moins. Accessible, mais expérimental, plein d’émotion mais aussi minutieusement produit et peaufiné, audacieux et simple à la fois. 

En se resserrant dans le carcan de la chanson (couplet – refrain – etc), Radiohead s’est retrouvé, plein d’inspiration et d’émotion, et donne une grande leçon de pop music.

La classe quoi.






mardi 10 mai 2016

Griefjoy – Godspeed #griefjoy


On avait laissé Griefjoy en plein doute existentiel, entre pop et envolées électro, calme et tempête, entre Grief et Joy comme son nom l’indique. 3 ans plus tard, le barycentre semble toujours aussi dur à trouver, la dualité est toujours très présente entre morceaux pop et ensoleillés et grisaille technoïde flippante et mélancolique. Pas très loin d’Hot Chip, Caribou ou même de Moderat (si on s’enfonce dans les ténèbres) dans l’intention donc. Mais surtout dans la réalisation. On a ainsi affaire a un vrai virage électronique : exit les guitares, on ajoute encore plus de nappes, de beats, de basses synthétiques séquencées, de machines. Mais il reste toujours ce côté pop, ce gout de la mélodie délicate et accrocheuse et cette voix déchirante et cristalline de Guillaume Ferran. C’est vraiment elle le liant entre les différents titres, certains plutôt pop (Hollygrounds, Lights On, Why Wait, The Tide) et d’autres franchement électro (Into The Dream, Talk To Me, Scream Structure, Fool, Murmuration).

Alors évidemment les titres pop sont les plus accessibles, entêtants et, je l’espère, promis à un grand succès. Hollygrounds est assez sympathique, plutôt enjouée, très Hot Chip ou !!!, donc bien entendu à mon goût ! Le passage électro du milieu rend plutôt bien et lorgne même vers du Jungle UK, un peu à la manière de Disclosure. Lights On est plus cool, chaloupée, limite légère, très pop. C’est le single évident qui rappelle un peu le Phoenix de United dans l’intention et une certaine idée de la French Touch. Why Wait est très dansante et aussi géniale. Labyrinth et The Tide complètent aussi la collection de titres électro pop « faciles » et efficaces. Pour ma part, cette facette ensoleillée me plait particulièrement. Disons que je pourrais même m’arrêter là ! Mais ce serait dommage, il faut aussi creuser un peu pour prendre la pleine mesure de cet album, et y trouver d’autres pépites.
Prenons Godspeed, surement le morceau le plus ambitieux. Instrumental, définitivement électro avec ses beats technoïdes, le titre est assez trippant et vous emmène dans une Rave Party dans un squat pourri de Berlin en bordure de voie ferrée (Si je n’y étais pas déjà allé je n’aurais pas été aussi précis) et tout d’un coup arrive un piano obsédant, sur un motif rappelant le Sinnerman de Nina Simone et fait décoller le morceau. 
Scream Stucture est aussi intéressante, plutôt douce, elle se retrouve lacérée d’envolées électro inquiétantes et se termine en techno berlinoise épique, Moderat en ligne de mire. 
Murmuration lorgne vers du Radiohead, mais avec Michel Legrand en guest star et se révèle être un excellent titre avec un chant fabuleux, du grand art. You My Love et Fool, lorgnent vers du The XX (ou du Jamie XX) boosté à la house.
Certains vont être largués en route, la mue est impressionnante, le changement radical, les timides envolées électros du premier album font bien sourire face à cet album 100% digital. Une chose est cependant restée : la dualité déjà présente dans le nom. Cet album est à la fois solaire et inquiétant, triste et joyeux, en tout cas sacrément riche, beau et impressionnant.



dimanche 1 mai 2016

Woods – City Sun Eater In The River Of Light #woods


Cela fait longtemps que les newyorkais de Woods roulent leur bosse dans l’indépendance. Tout d’abord autoproduits avec les limites que cela comporte, mais la liberté que cela apporte, cela fait 2 albums que Woods a décidé de sortir du bois et de se laisser apprivoiser par un producteur. Et grand bien leur en a pris car ils n’ont pas perdu leur âme au passage. L’ours est juste un peu mieux léché.
With Light And With Love, sorti il y a deux ans était déjà bien, celui-ci est encore meilleur.
De nouvelles influences viennent s’ajouter comme des touches de reggae, des percussions, du desert rock trainant. La production s’étoffe par des cuivres, le son est plutôt clair, la basse bien rendue. La voix en falsetto de Jeremy Earl fait des merveilles et colle parfaitement avec la nonchalance reggae ou tout simplement laid-back et donne au tout un grain 80’s. Car oui c’est nonchalant, décontracté du gland, léger. Leger dans l’intention globale, mais dense dans la construction, complexe et fournie.

Tout commence avec la surprenante ouverture de Sun City Creeps, génialement reggae, mais pas que, rock et afro jazz viennent s’ajouter pour finir en un jam excitant et malgré tout concis. On enchaine avec la magnifique Creature Confort, gentiment laid back, douce et agréable, du haut niveau. On trouve aussi un desert rock un peu laid back avec Hang It On Your Wall très bien, de la pop classique un peu datée avec une mélodie imparable sur The Other Side ou Hollow Home dans un style avoisinant avec une guitare wha wha qui n’aurait pas dépareillé sur Catch A Fire de Bob Marley. Il y a aussi The Take avec ses percus, ses échos sur la guitare, une bonne poussée psychédélique mais très contrôlée, pas de dérapage, les cuivres reprennent vite le dessus pour retourner sur terre, grandiose. Pas comme I See In The Dark qui s’égare plus dans le psychédélisme, un peu chiant dirons-nous. On notera aussi Politics Of Free, faite comme un single, mais qui peine à convaincre tant elle semble formatée pour le marché américain.
Le reste convainc un peu moins facilement, comme Morning Light plus Americana, avec pedal steal de série ou Can’t See At All à la limite du ska.

Bref, malgré quelques baisses de régime qui gênent peu, voici un excellent album de Woods, surement le meilleur même. La bande a décidé d’élargir le spectre en lorgnant vers les Antilles et de maitriser sa fougue par une production plus carrée. Le résultat est plus que probant et certains titres de cet album resteront longtemps pour moi.

Je vous conseille sans plus attendre de découvrir cet album de ce groupe malheureusement peu connu du grand public. En espérant que ça change !



samedi 16 avril 2016

Kevin Morby – Singing Saw #kevinmorby


Je ne vais pas vous faire l’affront de présenter Kevin Morby (déjà 3 chroniques sur ce blog), ex-bassiste de Woods (d’ailleurs bientôt un nouvel album de Woods), et un de mes petits chouchous des dernières années. Après un premier album folk génial, Harlem River et un deuxième plus électrique sorti dans la foulée, le revoici très en forme. Kevin ne révolutionne toujours pas la formule mais réussit à encore plus creuser le sillon de son folk rock.

Moins électrique et beaucoup plus proche de Harlem River, Singing Saw me touche plus que Still Life.

On sent qu’il n’a pas été réalisé dans l’urgence. L’ambiance est plus posée, lascive, tendue. La production s’étoffe un peu plus : cuivres mariachi (I Have Been to the Mountain), effets psychédéliques (Singing Saw), chœurs, quelques cordes, un piano est maintenant omniprésent.

Pourtant, le style Kevin Morby n’a pas changé d’un iota, toujours ce phrasé Dylanesque, ces inspirations americana à la Neil Young et quelques touches de Lou Reed et d’hargne électrique.

Il n’y a vraiment pas de déchet dans cet album, tout est bon dans le Kevin. On y trouve des balades tranquilles influence Leonard Cohen sur Water, influence Dylan sur tout mais plus sur Black Flowers et Dylan période électrique sur Dorothy. 

On y trouve aussi un tube en puissance, bien construit et bien tenu par sa basse : I Have Been To The Mountain, et il y a Singing Saw, crépusculaire, dans le prolongement d’Harlem River avec les Doors en filigrane, 7 minutes géniales, guitare hypnotique, basse ronflante et ambiance mystique.

Bref, le Morby 2016 est un très bon cru !



et un petit live acoustique en prime


vendredi 15 avril 2016

M83 – Junk #M83




Pastiche, Hommage, Inspiration, Parodie, Nostalgie, Vintage.

En ce qui concerne la pop musique, les lignes sont devenues maintenant très floues entre ces différentes définitions.
On parle partout de retro-futurisme, c’est un fait, tout le monde puise son inspiration dans les 60’s, 70’s, 80’s et même 90’s (c’est dire !). Arrive-t-on à une panne d’inspiration ou au contraire de tout temps a-t-on regardé le passé pour construire l’avenir?
Autant vous dire tout de suite, je ne vais pas répondre à la question !
Et ce n’est surtout pas ce nouvel album de M83 qui y répondra, au contraire il nous plonge encore plus dans la confusion et l’embarras.

Les grands défricheurs de la pop font ouvertement les poubelles (le Junk du titre de l’album ?) du passé pour se servir de sources d’inspiration pour le moins avouables : Metronomy est fan de Jean Michel Jarre et le transforme en bouffée d’oxygène (M83 aussi tiens tiens), Daft Punk exhume le Chic de Neil Rodgers et l’has been Georgio Moroder, sans oublier le fantôme du paradis Paul Williams.

Après tout pourquoi pas. En faisant le tri et en fantasmant la vision du passé on peut en ressortir quelque chose de beau. Ça c’est le côté hommage, voire réhabilitation. Et dans ce sens, les Tarantino de la musique, Daft Punk, ont permis à certains « acteurs » de Random Access Memories de renouer avec leur gloire passée, pour le meilleur ou pour le pire. Beau travail social pour les seniors.

Mais il n’y a pas que ça, une bouse ne peut pas se transformer en or comme par enchantement, et il ne s’agit pas de jouer « comme à l’époque », avec le même Bontampi et la console qui a servi à enregistrer Thriller pour sortir quelque chose d’original. Il faut de bons titres derrière.

Bref. Revenons à Anthony Gonzalez, aka M83. Vous l’aurez compris, il y a quelque chose d’extrêmement daté dans ce disque. Et beaucoup de questions se posent à l’écoute de l’album, disons que la première écoute est dure, la deuxième déroutante, mais à force il y a quelque chose d’attachant.
Parodie, Ironie ? Oui il en faut, il faut du recul. Et oui il y en a. Quand on voit la pochette horrible à dessin avec les Muppets mauves, M83 écrit avec un word-art douteux, Junk en comics sans MS (police interdite par la convention de Genève en 1999) avec des couleurs et un agencement type Punky Brewster, on se dit qu’il faut de l’ironie, de l’autocritique, et un peu d’inconscience pour proposer ça. On peut aussi crier au génie. Je ne le ferai pas.


Donc il y a peut-être du second degré dans ce côté jusqu’au-boutisme de la production : nappes de bontampi, overdose de saxo, vocoder eighties, cor anglais, harmonica, batterie hexagonale, solo de guitare héros, pédales aux effets douteux, variété française, spoken word gainsbourien, funk électronique. Toutes les influences bonnes ou mauvaises y passent : Michel Berger côtoie Tears for Fears, Cindy Lauper croise Jean Michel Jarre, Gainsbourg fait du moonwalk un whisky à la main, Stevie Wonder tchatche avec Etienne Daho, Supertramp reprend Vladimir Cosma à l’harmonica, et bien sûr le tout saupoudré de la fameuse french touch avec ses claviers si particuliers, vintage mais futuriste à la fois, type bande son du futur d’un film des années 80. Genre Blade Runner ? Tron ? Ah non c’est Daft Punk ça.

En détail ça nous donne la Groupie du Pianiste joué par Dr Alban sur Do It, Try It, avant l’arrivée du mur de synthé épique M83esque, et des « Do It », « Try It » Daftpunkien. Ça done Go ! un titre ultra commercial taillé pour HAIM (pas le meilleur titre). Ça donne un refrain très Pastime Paradise de Steevie (ou Gangsta Paradise de Coolio pour les fans de Michele Pfeiffer…) dans Walkway Blues, du spoken word Gainsbourien en français et des alternances de refrains anglais dans Bibi The Dog, le tout produit par un Daho qui aurait voulu ajouter des voix de Chipmunk. Mais aussi, des instrumentales hyper datées comme Moon Crystal entre le générique de Miami Vice et de la Croisière s’amuse. Ça donne aussi des guitares claviers chelous sur Solitude, un slow avec sax apparent et guimauve dégoulinante sur For The Kids, de la variété française Berger/Gall en question réponse sur Atlantique Sud ou un final Vladimir Cosma style l’As des As joué par Supertramp avec le dernier bien nommé Sunday Night 1987 (2 films sinon rien !).

Comme pour d’autres albums récents (comme dans une moindre mesure le dernier Phoenix par exemple), Junk demande des écoutes nombreuses pour passer outre le mur de production et enfin trouver les chansons qui se cachent dessous. Evidemment les allergiques aux 80’s vont devoir passer leur chemin immédiatement même si ce n’est pas aussi indigeste que le dernier Passion Pit.

Et donc on évolue entre le sentiment qu’Anthony Gonzalez en a trop mis dans sa folie eighties. Le sentiment que les titres sont très bon : Solitude (peut être le dernier vestige M83), Laser Gun, Road Blaster, Bibi The Dog, Do It, Try It, et dans une moindre mesure Time Wind, For The Kids et Atlantique Sud. Le plaisir pur, peut-être un peu coupable. Le sentiment du « c’était mieux avant » car oui cet album n’a plus rien à voir avec ce que faisait M83 avant, et ça peut être décevant quand on attend Midnight City 2. L’impression qu’il a fait ça pour plaire au plus grand nombre en sautant dans la hype 80’s, ou pour se faire plaisir à lui seul, surement grand fan de Punky Brewster et d’AB production. 

J’ai beau me dire que je n’acquiesce pas toutes les lubies de production - loin s’en faut - je n’arrive pourtant pas à stopper l’écoute. Et ça c’est plutôt bon signe.
On en pensera ce qu’on veut, mais les titres sont vraiment bien écrits, tout y est réfléchi, trop ? peut-être.
Time will tell, mais pour l’instant j’adhère !

J’ai conscience que ce disque va cliver, encore plus les amateurs du M83 « d’avant », on aura le temps de se faire une idée sur sa longévité car je lui prédis un grand avenir. 

Que-ce soit pour du pastiche, un hommage, une inspiration, une parodie, de la nostalgie, un esprit vintage, jusqu’où peut-on aller sans tomber dans le ridicule ? 
Et bien en fait, ça dépend du talent, et M83 n’en manque décidément pas.


Moderat –III #moderat



On peut dire que Bad Kingdom et Last Time du précédent album de Moderat m’ont pas mal séduit. 2 ans après leur découverte, elles font toujours partie de mes playlists et je n’arrive pas à m’en lasser. 

C’est quoi la recette Moderat ?

De l’électro pure et dure, mais avec une structure pop et du chant, surtout dans ce troisième album, peut être encore plus accessible, et c’est tant mieux. C’est électro mais pas spécialement dansant, plus vers du The XX (mais en mieux, avis personnel !).

Quasiment la totalité des titres de cet album sont chantés, on y trouve de très très bons titres plutôt accessibles comme le single Reminder ou bien Ghostmother, la planante Ethereal avec une deuxième partie plus trippante, the Fool et Eating Hooks qui ouvre l’album. On y trouve aussi des choses plus électro comme Running, énergique avec sa rythmique atypique ou Animal Trails, instrumentale aux percussions binaires et martiales.

L’album s’écoute comme un trip, de préférence fort et tardivement histoire de se faire transporter. Les nappes et les titres s’enchainent, nous transportant dans un monde urbain, sombre, froid et beau. Berlin peut être ? J’y vois plutôt des idées d’Hong Kong ou Shanghai la nuit.

Bref un très bon disque, pour ceux qui aiment l’électro bien sûr !

Ils sont en mai à Toulouse au Bikini, je suis assez tenté de voir ce que ça peut donner en live.