Le 8 février dernier, en allant voir Talisco, je suis tombé sur le groupe Her, qui passait avant Talisco. Et j’ai été très impressionné par ces petits nouveaux !
En bon élève, j’avais écouté un peu leur EP avant d’aller les voir et en particulier leur single Five Minutes. De l’électro pop plutôt bien faite, une basse assez tendue et une voix intéressante. L’EP est plutôt sympathique mais ne témoigne pas du potentiel impressionnant du groupe. Le live a apporté plein d’autres choses. Déjà ce n’est pas une mais deux voix intéressantes. En plus du chanteur de Five Minutes, on trouve dans le groupe un autre chanteur à la voix encore plus impressionnante, avec énormément de soul. Et cela ouvre des perspectives. Car la prestation live n’était pas qu’électro pop classique, par sa voix et la basse ultra solide, un peu de soul, de funk et de blues font leur entrée dans la musique du groupe. J’ai hâte de les voir exploser dans ce registre, enfin j’espère.
En plus de nouveaux titres, pour conclure leur set, Her se sont lancés dans une reprise du maitre de la soul Sam Cooke avec A Change is Gonna Come, réalisé parfaitement, avec beaucoup d’émotion, un très grand moment. Et quand on voit ce genre de référence, on ne peut qu’être confiant pour l’avenir de Her.
leur "tube" :
La reprise en question :
Et en prime une vidéo un peu osée avec des seins...
3 ans après Run, Jerôme le Bordelais est encore plus à l’Ouest, il a traversé l’Atlantique, arpenté les étendues américaines avant de se fixer vers L.A., du moins pour l’enregistrement de son 2ème album, composé sur la route.
Et ça se sent. Plus rock, Capitol Vision sent l’asphalte et la poussière du désert. Rassurez-vous, on y trouve aussi les petites perles électro pop ultra accrocheuses dont il a le secret et qui feront la joie des publicitaires hexagonaux.
Synthé, faux cuivres, rythmique percussive, Thousand Suns commence fort, et continue dans de l’ultra pop, tout comme le single Stay (Before The Picture Fades) qui nous refait le coup de Your Wish avec le titre qui ne sort pas de la tête, entrainant en plus avec sa rythmique un peu tribale enjouée. The Martian Man creuse le sillon de la pop nordique tendance Of Monster and Men. Le pont et le mantra “I see the dust falling and shining on my face” est particulièrement accrocheur.
Pour le coté rock, on s’aventure jusqu’en terre punk avec le très MC5 Loose ou le très année 2000 The Race qui navigue entre le Cassius de Toop Toop, Block Party et un vieux REM, le tout arrangé avec un orgue d’église piqué à Justice.
Pour le reste de l’album, on retrouve le désert rock avec distorsion déjà présent dans son précédent album, chants et vocalises, rupture de rythme emphatique et percussions assez lourdes avec tambour comme sur A Kiss from LA ou Monsters and Black Stones.
Pour conclure, Talisco garde sa patte, son phrasé, son immédiateté et le son très américain qui le qualifiait déjà, mais muscle son jeu. Plus fort, plus urgent, plus rock, plus dansant. Surement, pour se préparer au passage au live sur des scènes plus importantes.
C’est d’ailleurs ce qu’on a pu constater ce 8 février au Connexion pour le premier concert de la tournée dans une salle assez conséquente, devant près de 2000 personnes venus pour la soirée « Curiosités du bikini » à prix attractif.
Je ferai un article spécifique sur Her, autre groupe vu avant Talisco, qui m’a particulièrement impressionné.
A première vue rien n’a changé, ils sont toujours 3, la disposition est la même : batterie à gauche, « Jérôme Talisco » au milieu et le bassiste/guitariste/percu/clavier à droite. Mais ce n’est qu’à première vue. Même si on avait déjà senti dans la petite salle du Connexion la potentielle puissance du groupe, on a ici la démonstration.
Ça envoie.
Quitte à laisser en route une partie de la finesse esquissée sur le disque. Ça passe en force et ça joue à fond la carte de l’énergie. Et pour envoyer à seulement 3, il faut s’y atteler, et on ne peut pas dire qu’ils y aillent à moitié : ils se déchainent grave.
En plus, les derniers titres sont déjà modifiés et augmentés comme le single Stay qui est augmenté d’une partie électro plutôt entrainante et impressionnante.
Le manque de finesse m’a quand même gêné. Plus que la fois ou je les avais vus dans une petite salle, peut être que le volume plus fort y est pour quelque chose. Le son est ample et un peu baveux, la distorsion de la guitare et les beats un peu flous viennent par moment noyer le tout dans une bouillie ou les instruments et la voix ont du mal à se distinguer. Tout le monde ne trouve pas sa place. C’était flagrant sur Thousand Suns trop approximatif.
J’espère que ce ne sont que des réglages imputables à la première date et à la découverte de plus grandes salles.
En tout cas, l’intention est là et elle est communicative, la salle a bien suivi, ça bougeait, ça reprenait les classiques du premier album et même les chansons les plus universelles du nouvel album. Après tout, la finesse c’est pour les studios pas pour le live.
Le climat de l’Angleterre, surtout en cette période hivernale, semble plutôt propice à la musique déprimante. Des Smiths aux Cures en passant par Joy Division, Radiohead, Belle and Sebastian mais aussi plus récemment The XX, un bon nombre de groupes anglais plonge dans le spleen et les murs dégoulinants de tristesse et de ce crachin qui trempe les os et les esprits. Et en plus la bière n’est pas fraiche !
Sur ses 2 premiers albums, The XX avait récolté la palme du mal-être de cette fin de première décennie du millénaire. On ne peut pas dire que ça sentait la joie de vivre dans leur pop rock aérienne, descendue en flamme à coups de canon de DCA.
J’avais beaucoup aimé le premier album (surtout Chrystalized) beaucoup moins le second, moins mélodique, plus sombre. Un avis personnel bien sûr. J’avais même été surpris à la sortie de In Colour du tiers du trio, Jamie XX, un album justement coloré, avec des rythmiques enjouées et des chansons tubesques comme Loud Places. Du coup j’ai un peu plus guetté l’arrivée de cet album de The XX. Et force est d’admettre que l’album solo de Jamie XX a énormément influencé The XX. Les beats dance et house, déjà pas mal popularisés dans la pop musique par Disclosure, continuent ici leurs intrusions, les guitares ont dû laisser de la place à de nombreux claviers et la lumière est (un petit peu) entrée dans la composition des chansons de The XX.
I See You commence en fanfare, par des cuivres entêtants justement, et une basse ronflante plutôt RnB, ça envoie grave et ça reste en tête.
Mais ce qui transparait surtout c’est vraiment le parti pris plus lumineux, plus léger dans la forme, plus pop. On y croise 2 titres étonnamment pop comme Say Something Loving ou On Hold, quelques cocottes de guitare surprenantes pour The XX dans l’électro pop très sympathique et propre de Replica. Dans le même élan mais en plus lent, plus Beach House (boosté avec quelques percussions et un break de basse génial), Brave For You est aussi très bien. La popification du propos ne réussit pas toujours, par exemple Test Me ou Lips ne m’inspirent guère… Enfin, c’est peut-être plus la chanson elle-même que ce qu’on en a fait. En plus inclassable, j’aime bien aussi A Violent Noise, à la frontière de la dance music sans jamais y rentrer, un équilibre subtil superbement dosé avec un clavier légèrement vintage avec une guitare en superposition. Et pour les inconditionnels de The XX ancienne version, vous pourrez vous consoler avec Performance.
Pour conclure, je dirais que The XX essaie avec cet album de séduire, et pour ma part la démarche est réussie. En ajoutant de la lumière dans leur composition, ils évitent l’écueil de se répéter. L’apport de la production de Jamie XX est assez impressionnant et renforce énormément des compositions déjà bien charpentées. Bref un très bon album pour commencer l’année !
Gros mea culpa : je suis totalement passé à côté de cet album sorti en mars dernier. Comme quoi, ça a du bon d’acheter le best of musique des Inrocks (peut-être d’ailleurs d’autres oublis vont venir s’inviter sur ce début de 2017). A y repenser, je crois que mon beau père m’en avait parlé aussi à l’époque, mais mars était très rempli en sorties…
Enfin bref, dit comme ça Cullen Omori, ça ne me parle pas vraiment, mais quand on dit leader des Smith Western, tout de suite ça me parle plus ! Les Smith Western ont splitté, c’est donc en solo que Cullen reprend le flambeau, à peu de chose près où le sublime Soft Will nous avait laissés.
Car c’est un vrai prolongement du dernier (magnifique) album des Smith Western. La voix bien sûr, cotonneuse et réconfortante, mais aussi les arrangements, les arpèges de guitares, marque de fabrique des groupes nostalgiques de la « pop anglaise triste » des Smiths, et bien sûr cette immédiateté pop. Ça sonne évidemment très très Beatles, sans même s’en excuser d’ailleurs ! On pourrait arguer que Cullen n’est qu’un copieur, mais, comme avec The Leisure Society, on reste accroché par la mélodie, la finesse des arrangements, la délicatesse globale. En fait, en mélangeant le déjà plus qu’entendu on arrive au final à quelque chose de plutôt frais. C’est un peu plus power pop que the Leisure Society, un peu moins anglais, plus américain, un peu Brendan Benson.
L’album en entier est une excellente surprise, plus homogène d’ailleurs que Soft Will qui souffrait de l’écart de qualité entre l’indétrônable 3AM Spiritual et le reste de l’album. Ici on enchaine les perles mélodiques : New Misery très Lennon, Two Kinds très sympathique, Hey Girl proche de 3AM Spiritual (le phrasé si particulier y est pour beaucoup !), And Yet The World Still Turns une ballade avec une batterie appuyée typée 90’s Synthetic Romance ou Sour Silk par exemple.
Indispensable pour les amoureux de la pop, à ranger à coté de The Leisure Society ou d’Avi Buffalo.
J’ai eu du mal à trouver ce petit bijou ! Car le son vient de loin, de l’autre côté du globe. James Milne, celui qui est derrière Lawrence Arabia est néozélandais. Parfaitement inconnu par chez nous. D’ailleurs, quand on cherche sur internet on trouve quelques articles néozélandais, et on y apprend qu’Absolute Truth est son 4èmealbum. Je ne sais pas comment Jacques a déniché ça, en tout cas c’est vraiment sympa. On est dans quelque chose de très proche de The Leisure Society (si vous ne connaissez pas honte à vous ! c’est tellement génial !), c’est ultra pop, classique 60 ‘s, dans un style Kinks, Beatles (anglais quoi) voire un peu pop 70’s, mais en plus moderne quand même dans la production. L’album possède aussi son lot de tubes imparables (qu’on s’entende quand je parle de tube, vous ne l’entendrez pas sur Virgin Radio, mais on y trouve de la vraie pop qui reste en tête avec des mélodies parfaites et délicates !) : A Lake (parfaite et rythmée), Sweet Dissatisfaction (parfaite aussi, un peu laid-back), I Waste My Time, The Palest Of Them All. On y trouve aussi des ballades mélancoliques comme O Heathcote, on y croise la croisière s’amuse sur les arrangements de Another Century, un sitar très Norvegian Wood sur Brain Gym ou Pink Floyd sur What Become Of That Angry Young Man. C’est vraiment une super surprise, les mélodies sont belles et limpides, c’est bien produit, la voix de James Milne est vraiment attachante. Que demander de plus ? Un peu plus de reconnaissance. Je m’y attelle !
En tout cas, maintenant que j’ai mis la main dessus, je vais l’écouter ce disque !
Le coup des gamins qui nous la jouent revival d’une musique d’avant leur naissance on connait. Et je n’ai d’ailleurs rien contre quand c’est bien fait. Bon évidement c’est dégueulasse pour les groupes qui peinent à percer de voir arriver des gamins de 18 ans qui signent direct avec un bon label et sont bombardés « sensation de cette fin d’année ». Devant les éloges et les références avancées : Beatles, Beach Boys et Bowie, je me suis penché sur le sujet. Bon d’accord mon beau père m’a aussi vivement conseillé l’écoute.
Ma première écoute n’a pas été concluante, j’avais l’impression d’avoir plutôt quelque chose proche de Queen que d’autre chose. Ça me paraissait un peu artificiel, bordélique. Mais les écoutes passent et on accroche de plus en plus à cet album. Parce que c’est finement écrit. C’est barré certes, mais attachant. Je pense par contre que la référence Beach Boys peut être enlevée. Par contre évidement les Beatles sont là, le côté music-hall de Paul McCartney (genre When I’m 64) mais pas que : I Wanna Prove to You fait penser à la 2ème partie de Hapiness is a Warm Gun, on trouve un coté The Benefit Of Mister Kite dans toutes les ambiances un peu de cirque. On pense aussi à Bowie et pas que dans le mulet du jeunot, on pense aux Kinks de Mr Pleasant (Those Days Is Comin’Soon), Queen pour le côté théâtral, mais aussi Elton John pour les moments plus calmes (How Lucky I Am), au générique d’Amicalement Votre mais fait par Ennio Morricone (Franck, très bon titre d’ailleurs qui ne démarre vraiment qu’après ce générique). Rien de bien récent dans tout ça. Ah, j’oubliais, c’est produit par la moitié de Foxygen, Jonathan Rado, il n’a pas dû trop les freiner !
Alors oui c’est bordélique, les ruptures de rythmes et de styles sont légions dans ce disque, on passe d’un côté calme et solennel à un refrain digne d’un cirque. Sur Haroomata, avec ses couplets hyper délicats et des parties en lâchage total. Sur Baby, Baby, aussi délicate et fine (ah ce pont tout en douceur), mais malgré tout affublée d’un générique du Cosby Show sorti de nulle part. C’est d’ailleurs ces saillies burlesques qui m’ont gêné au début, mais on s’y habitue.
Et quand on a passé outre ce côté foufou très Ariel Pink, on trouve le disque plutôt bon, on trouve même ces incongruités presque nécessaires car venant rompre le coté solennel de l’ensemble et proposant une distance par rapport au modèle original. Bon, l’utilisation systématique dans certaines chansons peut quand même être critiquée, mais quand c’est fait plus finement comme sur la fin de l’album c’est plutôt magique.
Prenons Franck, par exemple, peut-être le titre le plus cohérent et abouti de l’album (A Great Snake s’en sort bien aussi), elle commence comme le générique d’Amicalement Votre joué par Ennio Morricone, pour poursuivre de façon plus classique, pour terminer en James Bond, tous cuivres dehors. Et ça parait ni trop pompeux ni trop éloquent.
Je vous conseille donc fortement cet album, il faut peut-être insister un peu au début, mais le jeu en vaut la chandelle !
J’aime beaucoup la polémique qui tourne autour du prix Nobel de Bob Dylan. J’aimerais d’abord dire BRAVO, non pas au Zim qui doit s’en foutre un peu ou être tout juste un peu amusé, mais à l’institut Nobel qui a eu les couilles de faire ça. Un nobel de littérature à un musicien ? Et pourquoi pas ?
Le paradoxe pour moi, français ayant grandi biberonné aux chansons de Bob Dylan, c’est que je ne comprenais rien aux textes, et que je n’ai (à l'époque) jamais d’ailleurs essayé de traduire quoi que ce soit.
Desire tournait en boucle à la maison, en particulier Hurricane, que je connais vraiment quasiment par cœur, pas les paroles bien sûr, la musique. D’ailleurs ce qui est marrant c’est qu’on se forge une identité musicale à partir d’une chanson, d’un album. Pour moi Bob Dylan, ce n’est pas Blowin’ in the Wind, c’est Hurricane.
Pas de palabre sur le pour ou contre le passage à l’électricité de Highway 61 Revisited, l’électricité est déjà là, Joan Baez est loin (même si j’étais persuadé jeune que c’est elle qui faisait les chœurs), il y a du rock, de la country, même un violon incongru qui donne un coté country. Pour moi, c’est le meilleur album de Dylan, bien avant Freewheelin’, Highway 61 Revisited et Blonde On Blonde. C’est bien entendu plus que subjectif. Et objectivement faux, je le reconnais maintenant.
Prenons donc Hurricane pour parler littérature, vu que c’est le sujet. Et ouais, depuis je me suis penché sur le texte ! Je ne rentrerai pas dans la polémique judiciaire, Hurricane Carter est-il coupable tout ça. Vous trouverez bon nombre de sites qui revendiquent haut et fort que Dylan a tort, que Rubin Carter est bien coupable. Passons le coté intégrité journalistique et parlons un peu du texte. Déjà, il est long ! C’est rare un texte si long en chanson. La chanson dure 7 minutes et Dylan parle vite, dans l’urgence. Dylan raconte à la façon d’un rapport de police presque factuel l’histoire de ce triple meurtre. Le style est vif, haletant, sans pose, sans point ni virgule, à la manière de Kerouac, dont personne n’irait remettre en question le coté littéraire. Car c’est ça Dylan, une mise en chanson de textes qui pourraient être des poèmes de Ginsberg (ils étaient d’ailleurs proches), un texte de Kerouac, une utilisation de la technique du cut-off de Burrough qui a même donné naissance bien plus tard au flow du rap. Dylan est beat. Dans Hurricane, mais encore plus dans le surréalisme des textes de Blonde On Blonde (on dit souvent surréaliste ou psychédélique quand on ne comprend pas). Il est le prolongement de la beat generation.
Toute sa vie Dylan a été dans la fuite. La fuite de la responsabilité d’une prise de conscience sociale et politique suite à ses premières protest songs, la fuite du succès, la volonté de mouvement d’être là où on ne l’attend pas, de « trahir » le folk pour passer à l’électricité. Et on ne parle pas de sa vie personnelle et sentimentale. Dylan est le mouvement, le mouvement qu’il continue toujours avec son endless tour, le symbole d’une Amérique bohème et vagabonde.